Should art be reduced only to masterpieces ?
Philosophy art masterpiece aesthetics


Etienne Souriau, Jean Galard and Georges Didi-Huberman are three art historians and
prestigious French philosophers. For these authors the notion of masterpiece is a common
object of reflection. The confrontation of their essays on this subject invites us to question
ourselves :
should art be reduced only to masterpieces ?

In the 21st Century, the expression and the demands of an art qualified as contemporary
call into question the legitimacy of certain works. These works raise the question of the
major aesthetic renewal around the notion of masterpiece.
If Etienne Souriau discovers in the masterpiece a notion of major importance for man,
Jean Galard questions the origin of the value of a work and its aesthetic dimension born of
the romantic era.
Georges Didi-Huberman, on the basis of the work of Marcel Duchamp in particular, is
attentive to the heuristic function of a new creative genre.

The authors' points of view are based on three points :
- the definition of a masterpiece
- the aesthetic objectivity
- the usefulness of a classification of works.


What is a masterpiece ?

E. Souriau comes back to the classic definition of the masterpiece : it corresponds to a
mastery of his art, to an accomplishment of the artistic revolution. On the contrary, G. Didi-
Huberman sees in the masterpiece the perpetuity of movement and the absence of any
constraint, allowing a continuous evolution of the work, like that of the artist Frenhofer de
Balzac.
For his part, J. Galard considers two antagonistic principles intrinsic to the exceptional
status of the work of art :
- It possesses a potential fertility of interpretation
- While being refractory to the discourse
The more the work is ambiguous and charged with symbols, the more it invites the viewer
to a real projection.

Is it possible to objectify aesthetics ?

E. Souriau and J. Galard come together to criticize aesthetic academism : opposition to
objectivity in aesthetics is often synonymous with adherence to a hierarchical view of
works.
The lack of justification highlights elitist arrogance : the notion of masterpiece is neither
subjective nor dangerous as long as exclusivism is avoided.
According to J. Galard, even if one admits the appearance of the concept of masterpiece
in the romantic period, the symbolism of creation ultimately renders impossible the
objectivity. He is joined in this sense by G. Didi-Huberman who claims through the concept
of work "without tail or leader" the continuous displacement of the inestimable value of the
work. It ignores any aesthetic authority. The work of art invites the viewer to judge it
according to an ethical choice.


What use does man have for masterpieces ?

J. Galard and E. Souriau are part of a human and artistic dimension: the masterpiece,
charged with symbols, allows the projection of the spectator but also the understanding of
man through his artistic creation. From an aesthetic point of view, the masterpiece
promotes art thanks to its paradigmatic luster.
For G. Didi-Huberman, the work sets its own value. The masterpiece was invented to
maintain its value: metaphysical (the value will no longer be altered) and economic (the
value of the masterpiece is then what transforms it into capital).
The necessity for man to constantly take part in a creative, artistic approach is proof that
he finds a certain utility there.The recognition of a work as such depends on the references
and the systems of values of each. This paradigm makes difficult any objectivism
concerning the definition of the masterpiece.

In my opinion, art is the very act by which man produces an emotion which will experience
the system of value of the spectator more or less permanently and invite him to project
himself, to question himself.
Reducing art to the notion of masterpiece, recognizable thanks to a minimal, if not
subjective artistic education, amounts to redefining the act of creation as a whole.
The art would correspond to the total control of a technique, to the detriment of the step
essential beforehand to this culmination? It is to be hoped that no: to allow everyone to
experience his sensitivity at will tends to broaden the field of what is art.

Original text ® Benjamin Hebraud - Traduction : Marie Twardowski

Sources

Etienne Souriau,
Vocabulary of aesthetics, 1990, Editions PUF
Jean Galard,
A key question for aesthetics in What is a masterpiece ?
Under the direction of Hans Belting (2000) Editions Gallimard and Musée du Louvre
Georges Didi-Huberman,
Works without tail or leader
Book and catalog of the eponymous exhibition at the Centre Georges Pompidou Metz

Étienne Souriau, Jean Galard, et Georges Didi-Huberman, sont trois philosophes et historiens de l’art prestigieux.
Pour ces auteurs, la notion de chef-d’œuvre est un objet commun de réflexion. La confrontation de leurs essais sur ce sujet nous invite à nous questionner.
Faut il réduire l’art aux seuls chefs-d’œuvre ?

Au XXIeme siècle, l’expression et les revendications d’un art qualifié de contemporain remettent en cause la légitimité de certaines œuvres. Ces œuvres posent la question d’un renouvellement esthétique majeur autour de la notion de chef-d’œuvre.

Si Étienne Souriau décèle dans le chef-d’œuvre une notion d’importance majeure pour l’homme, Jean Galard s’interroge sur l’origine de la valeur d’une œuvre et sa dimension esthétique née de l’époque romantique. Georges Didi-Huberman, en se basant sur l’œuvre de Marcel Duchamp notamment, est lui attentif à la fonction heuristique d’un nouveau genre créatif.
Les points de vue des auteurs se confrontent autour de trois points :

La définition d’un chef-d’œuvre
L’objectivité esthétique
L’utilité d’une classificattion des œuvres d’art

Qu’est ce qu’un chef-d’œuvre ?

É. Souriau revient à la définition classique du chef-d’œuvre : elle correspond à une maîtrise de son art, à un accomplissement de la révolution artistique. G. Didi-Huberman voit au contraire dans le chef-d’œuvre la perpétuité du mouvement et l’absence de toute contrainte, permettant une évolution continue de l’œuvre, comme celle de l’artiste Frenhofer de Balzac. J. Galard considère quant à lui deux principes antagonistes intrinsèques au statut exceptionnel de l’œuvre : elle détient une potentielle fécondité d’interprétation, tout en étant réfractaire au discours. Plus l’œuvre est ambiguë et chargée de symboles, plus elle invitera le spectateur à une réelle projection.

Est-il possible d’objectiver l’esthétisme ?

É. Souriau et J. Galard se rejoignent pour critiquer l’académisme esthétique : l’opposition à l’objectivité en esthétique est souvent synonyme d’adhésion à une vue hiérarchique des œuvres.
L’absence de justification met en évidence l’arrogance élitiste : la notion de chef d’œuvre n’est ni subjective, ni dangereuse tant que l’on évite l’exclusivisme. Selon J. Galard, même si l’on admet l’apparition du concept de chef d’œuvre à l’époque romantique, le symbolisme de la création rend finalement impossible l’objectivité. Il est rejoint en ce sens par G. Didi-Huberman, qui revendique à travers le concept d’œuvre «sans queue ni chef» le déplacement continu de la valeur de l’œuvre, inestimable, ignorant toute autorité esthétique. L’œuvre d’art invite par la même le spectateur à la juger selon un choix éthique.

Quel utilité l’homme trouve-t-il aux chefs-d’œuvre ?

J. Galard et É. Souriau s’inscrivent dans une dimension humaine et artistique : le chef d’œuvre, chargé de symboles, permet la projection du spectateur mais également la compréhension de l’homme à travers sa création artistique. D’un point de vue esthétique, le chef d’œuvre promeut l’art grâce à son éclat paradigmatique.
Pour G. Didi-Huberman, l’œuvre fixe sa propre valeur. Le chef d’œuvre a été inventé pour faire perdurer sa valeur : métaphysique (la valeur ne s’altérera plus) et économique (la valeur du chef-d’œuvre est alors ce qui le transforme en capital).

La nécessité pour l’homme de constamment s’inscrire dans une démarche créative, artistique, est la preuve qu’il y trouve une utilité certaine. La reconnaissance d’une œuvre en tant que telle dépend alors des références et systèmes de valeurs de chacun. Cela rend difficile tout objectivisme concernant la définition du Chef-d’œuvre.

Faut-il réduire l’art aux seuls chefs-d’œuvre ?

Selon moi, L’art est l’acte même par lequel l’homme procure une émotion qui va éprouver le système de valeur du spectateur plus ou moins durablement et l’inviter à se projeter, se questionner.
Réduire l’art à la notion de chef-d’œuvre, reconnaissable à condition d’une éducation artistique minimale, sinon subjective, revient à redéfinir l’acte de création dans sa globalité : l’art correspondrait alors à la maîtrise totale d’une technique, au détriment de la démarche indispensable au préalable à cet aboutissement ?
Il faut espérer que non : permettre à chacun d’éprouver sa sensibilité à sa guise tend au contraire à élargir le domaine de ce qui est art.